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Dr. NiceBoy – ou comment j’ai appris à arrêter de m’inquiéter et à aimer mon côté vache

Les gentils garçons sont une étrange sous-espèce dans le monde des dates. Ils parlent doucement, écoutent tes soucis, sont respectueux, n’essayent pas de te forcer ; tu sais, ils te traitent comme un être-humain. Et ils sont aussi convaincus qu’ils sont les seuls à le faire, et c’est là que ça devient dangereux. A cause des « gentils garçons », être gentil est devenu une sorte de monnaie de l’amour, ils ont travaillé dur pour l’obtenir, et ils n’accepteront pas que des filles ne fonctionnent pas comme des guichets automatiques où tu insères « effort » et reçois « attention ». Ils sont confus par ta capacité à avoir des émotions propres et la possibilité de dire « non ». Les gentils garçons ne sont pas gentils. Ils se transforment en ce qu’ils sont persuadés que la gentillesse est.

« Peut-être que les gars dont tu as l’habitude, te voit comme de la chair aussi, et s’en foutraient. Pas moi. (…) Je suis sûr que tu ne le faisais pas exprès.
Je suis aussi probablement plus sensible que la plupart des gens. »

Tous les paragraphes en pourpre sont extraits du message que j’ai reçu sur la page Facebook de Guerrilla Resistance.

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Je suis allée à un date avec un gentil garçon il y a peu. Je l’ai rencontré sur Tinder, on a les mêmes centres d’intérêts, et honnêtement il m’a donné aucune raison de ne pas avoir un date avec. Alors on a eu un date, on est allés à des musées, on a parlé, on a bu, on ne s’est pas embrassés, on n’a pas fait l’amour. Et il semblait gentil. Vraiment, il avait l’air si gentil qu’à la fin de la nuit je me sentais coupable de ne pas l’avoir invité à venir chez moi. Ce n’est pas du gâchis ? En vérité, le gars était gentil mais je n’ai juste pas senti de connexion entre nous. Passons au matin suivant, je l’ai envoyé un message disant exactement : que j’ai eu un bon moment mais que pour moi, c’était juste une fois.

« Essaye de me comprendre. La personne sort, fait un effort pour rencontrer quelqu’un pour la première fois, et puis c’est tout.
« Plus jamais ». Wow. Pas d’amitié, pas d’implication.
Juste « reste loin ». Comme si je n’ai pas de sentiments. »

Ce qui suivait était un total craquage. Il m’a écrit sur Tinder disant « Je pouvais voir que tu ne le sentais pas, je le savais ; c’était parce que j’ai trop essayé n’est-ce pas ? » Je n’ai pas répondu tout de suite ; la prochaine fois que je regarde mon téléphone il m’a unmatchée sur Tinder ; je ne pouvais plus lui répondre.

Le jour d’après, j’ai reçu un message de deux pages sur ma page professionnelle ; pourquoi je parle toujours trop ? Pourquoi j’ai mentionné Guerrilla Resistance au date ? Il a dit qu’il était blessé, qu’il n’a compris mon non catégorique, parce qu’il « a essayé trop fort ». Il était blessé pas parce que je ne voulais pas d’intimité, mais parce que je ne voulais pas de lui dans ma vie. Ma question est : qu’est-ce que j’aurais pu faire de mieux ? Devrais-je aller à un second date et puis lui dire ? Devais-je le ghoster ? Devais-je m’échapper au milieu du premier date ? Etais-je trop gentille ? Ne l’étais-je pas assez ?

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Ecoute, je comprends, le rejet ça craint. Ça craint pour tout le monde. Je suis passée par là, tu es passé-e par là, tout le monde est passé par là. Mais tu apprends à faire face. Qu’est-ce que tu peux faire quand la personne que tu viens juste de recontrer aime ce que ? Tu passes à autre chose.

« Bon, tu m’as rencontré. Tu as vu que je faisais un effort.
J’apprécierais si tu ne me voyais pas comme un bout de viande,
Parce que c’est un peu ce que je ressens.»

Et puis j’ai commencé à me demander, quel est cet « effort » que les gars sympas continuent à dire ? Traite-moi de naive, mais si je pense à débuter n’importe quel type de relation personnelle je ne vois pas à quoi bon à être dans l’ « effort » pour tout un date. Ça semble embarrassant, ça semble délicat de la pire manière possible… et ça semble malhonnête.

Mais ce qui me frappe le plus avec ce message – à part le fait que c’était envoyé à mon compte Facebook pro – c’était que ce gars, ce « gentil garçon » qui m’avait dit qu’il savait que je ne le sentais pas, a tout re-formulé à propos de cette nuit-là basée sur ses sentiments et ses attentes, en méprisant complètement mes souhaits, mes sentiments, et a mis carrément, mon libre arbitre. Il s’en foutait que je ne voulais pas le revoir, il s’est soucié que j’ai déclaré sans remords mon souhait de ne pas être de nouveau avec lui.

« C’est quoi ce bordel, on a un paquet de trucs en commun, tu peux nier ça si tu veux.
Je pourrais totalement nous voir en train de peindre, dessiner, regarder des bêtes émissions, au moins. »

Je veux être la féministe badass, la femme indépendante qui marche avec confiance dans la rue. Mais la vérité c’est que, je ne peux pas toujours être cette personne. J’étais effrayée. J’étais effrayée d’écrire à propos de ça même si son nom est indiqué nulle part. J’ai eu des cauchemars, j’ai eu de l’angoisse, j’ai pleuré. Pas parce que j’étais blessée par quelque chose qu’il ait dit, mais parce que tu ne sais jamais où se trouve la ligne entre ceux en manque d’attention et les pathétiques légers, et l’effrayant et le danger potentiel. Mon esprit a commencé à réfléchir à toute allure. Ce gars peut-il retrouver où j’habite ? Combien de choses lui ai-je dit à propos de moi-même après ce verre de vin ? Est-ce que n’importe quelle chose que j’ai dite peut être sortie de son contexte et être utilisée contre moi au cas où quelque chose se passe ? Est-ce que quelque chose s’est passé dont je n’ai plus aucun souvenir ? S’il sait coder, peut-il rentrer à l’intérieur de mon téléphone ou de mon ordinateur ? Est-ce tout ceci extrêmement parano?

Peut-être que oui, ça l’est. Mais la merde arrive. C’est arrivé à des milliers de filles. Et c’est arrivé à moi. Je marche avec mes clés entre mes doigts et je ne regarde pas les gars dans les yeux la nuit. Parce que la merde arrive. Je me déplace avec la tête au repos qui fait la gueule et je ne parle pas aux étrangers dans les bars. Parce que la merde arrive. Je ne vais pas à un second date avec quelqu’un qui me donne ne serait-ce qu’un peu une impression bizarre. Parce que la merde arrive. Parce que quand c’est arrivé, les réactions de certaines personnes étaient « bah, tu étais sur Tinder, qu’est-ce que tu attendais ? » et « bah, peut-être ce pauvre gars t’aimait vraiment ».

“I can see why you wouldn't like me.After all, it's for a reason I'm on this shitty tinder app.So forgive me if I'm not the prince charming you're looking for.”

Ce que les « gentils garçons » ne savent peut-être pas, c’est qu’être une fille c’est être blâmée pour être trop gentille et pour être trop vache. Oui, il a dit que j’étais vache. Il a aussi dit que j’étais malpolie, beaucoup trop confiante, que je me comportais comme une ado, que je traitais les gens comme de la merde, et que je construirais ma personnalité en rabaissant les autres.

Il m’a aussi dit que je pensais tout savoir sur lui alors que je ne le pensais pas. Bon, voici ce qu’il ne sait pas sur moi. Qu’avant lui, il y a eu d’autres gentils garçons qui m’ont fait culpabilisé pour aller prendre une seconde bière, un second date, un sms, mon numéro, un baiser, une saisie ; tout ce qui les a fait se taire et disparaitre. Je ne veux plus être effrayée. Je ne veux pas sentir qu’un « désolé » glisse de mes lèvres quand il n’y a rien à excuser. Je mets mon masque badass et je dissèque son message paragraphe par paragraphe, idée fausse par idée fausse, chaque mot pitoyable, triste, fâché, irrespectueux. Je lui ai parlé de la masculinité toxique et je lui ai envoyé une liste d’articles accessibles à propos.

“ Tu as ce refrain que tu n’arrêteras pas de répéter : « tu es un macho ».”

Peut-être que je suis parano, peut-être que je me répète, peut-être que je suis injuste, peut-être que je suis méchante. Mais je suis moi, mes sentiments, mon corps, mon existence, mes ferventes et limpides intentions. Je ne suis pas dans l’effort, je ne suis pas gentille, je ne veux pas l’attention de ceux qui ne me la donnent pas franchement ; je dis ce que je pense. Et même si je suis effrayée, je n’arrêterai pas de répéter mon refrain jusqu’à ce que les gentils garçons et les autres comprennent que le monde ne tourne pas autour leur bite, leur égo, leurs sentiments, ou leurs attentes. Mon monde tourne autour de moi et mes sœurs. Mon monde tourne autour de mes choix.

J’ai arrêté de me soucier de ce que les autres pensent de mes actions et j’ai appris à faire face aux conséquences ; et ça inclut la fragilité des gentils garçons. Est-ce que ça fait de moi une salope vache et insensible ? Si c’est le cas, j’en suis putain de fière.

Cat’astrophe

Traduit par Bal

Original en anglais ici.

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